Francois_quitte_le_conseil

Des consultations « gens du pays » ? Je vous réponds, Monsieur le maire

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Lors du récent conseil municipal, le 9 décembre 2015, j’ai préféré ne pas poursuivre les débats engagés entre l’actuelle municipalité et les élus d’Élan Citoyen. Il me parait légitime, au moins envers nos soutiens et adhérents à notre association, d’expliquer pourquoi, j’ai préféré « fuir » ce débat, pourtant d’importance, qui concernait le budget prévisionnel 2016. Je rappelle que c’est après un exposé effectué avec toujours autant de qualité et de clarté par notre adjointe aux finances, que l’opposition, représentée par Olivier Hottegindre, signalait une fois de plus, avec une bien belle éloquence, notre inquiétude face à l’ampleur de la dette. La prise de parole de Monsieur le Maire fut alors assez vive, et outre le reproche habituel d’alimenter des peurs au sein de notre village, il nous fut également reproché de ne pas assister aux commissions.

 

Il semble nécessaire de s’expliquer sur ces deux premiers points.

 

 

En premier lieu, nous sommes les représentants de l’opposition, parfaitement dans notre rôle lorsque nous cherchons à informer nos concitoyens. La dette est à ce jour à un niveau jamais atteint sur notre commune, c’est une réalité, nous n’en sommes en rien responsables. Nous sommes conscients que celle-ci finance des infrastructures multiples de qualité, nécessaire à notre vie communale, et d’autres que nous contestons, c’est notre droit! La démocratie, ça n’est rien d’autre!

Ensuite, dès le début de notre mandat, nous avions affirmé notre volonté de ne pas participer aux commissions. C’est peut-être un tort pour un certain nombre d’entre elles, nombreuses sont celles au contraire (les plus importantes) où notre présence n’a strictement aucune utilité. Nos avis n’auraient aucune écoute et seraient même rejetés car n’étant pas issus de la réflexion de la majorité et surtout de Monsieur le Maire. Qui connait le fonctionnement affectif et cérébral de notre édile mieux que moi? Personne…surtout pas les élus qui l’entourent actuellement, j’en ai la certitude. Plus encore, notre présence à quelques commissions a tendance à plomber l’ambiance de cette équipe unie autour d’un seul homme, quels que soient ses excès et parfois dérapages. Le Maire n’a pas son pareil pour susciter de l’empathie et se poser en victime lorsqu’il a face à lui des opposants, c’est ainsi qu’il fédère autour de lui des aficionados protecteurs de sa personne. Je le sais d’autant plus que j’ai fait partie intégrante de ce microcosme leurré. Je l’ai soutenu à une époque où personne (ou presque) ne lui apportait son aide et  j’estimais alors, comme parfaitement injuste, cette absence de reconnaissance de ses qualités (car il en a). Je vous parle d’un temps où nombre de ses conseillers actuels et autres soutiens ne lui auraient apporté le moindre crédit ou suffrage.

Pour autant, Élan Citoyen se contente-t-il uniquement de siéger au conseil? Assurément, non! Nous préparons longuement les conseils entre nous, nous adoptons une position commune sur certaines délibérations, nous discutons et votons différemment lorsque d’autres nous divisent, nous prenons un avis auprès des adhérents de notre association. C’est un travail courageux que nous effectuons afin d’être en connaissance de l’ensemble des dossiers.

Une preuve récente de ce que j’avance, pourrait être présentée ici par le fait qu’aucun conseiller de la majorité n’est intervenu au Fayet, lorsque Monsieur le Maire nous a annoncé que, finalement, l’enneigement de culture de la piste de retour avait un coût de 1 200 000 €. Élan Citoyen était allé rechercher, en amont de ce conseil, la délibération votée en 2014. Manifestement aucun conseiller de la majorité ne l’avait fait, nous avons fait apparaitre un surcoût de 200 000 €, ce qui semble-t-il, a étonné Monsieur le Maire lui-même. Un comble!

Nous pourrions apporter bien d’autres exemples qui montrent qu’une opposition est nécessaire au sein de notre village.

J’en arrive enfin à ce qui a provoqué mon départ. Alors que Monsieur le Maire semblait mélanger les sujets dans un ton de plus en plus vindicatif, il abordait subitement le thème des forfaits « gens du pays » pour nos remontées mécaniques. C’est évidemment un des éléments de notre vie municipale que nous pouvons revendiquer comme étant nôtre, puisque c’est Laurent Duffoug, dès 2014, qui est à l’origine du débat et par voie de conséquence de l’obtention de ces forfaits pour l’année 2016.

Subitement, il m’arrivait en pleine figure, à moi, comme à mes collègues de l’opposition: «et vous, vous ne pouvez pas faire des tarifs « gens du pays » pour vos consultations? » Je vous avoue qu’en plein débat budgétaire, je ne pouvais m’attendre à cela. J’ai trouvé cette question irréelle. À ce stade, il faut que je vous dise que la vie d’un médecin et chirurgien est parfois difficile, lourde de responsabilité et de stress, et qu’en médecine comme ailleurs, il peut y avoir une loi des séries. Dans les jours qui ont précédé, sans dévoiler de secrets médicaux, j’ai été confronté au pire que mon métier peut produire pour un médecin, tant dans ma garde de vendredi soir que dans mon activité de consultation et de chirurgie réglée. J’ai dû travailler de jour comme de nuit, et je n’avais, le soir du conseil, qu’une douzaine d’heures de sommeil en quatre jours.

A  la réflexion, qu’avez-vous bien voulu dire aux élus de l’opposition? Que nous sommes des nantis? Alors je vous le dis Monsieur le Maire, puisque vous m’avez fait découvrir lors d’un conseil que je faisais toujours partie de la société Contamines Immobilier (ce que j’ignorais) et puisque j’ai reçu cette année, par un heureux hasard, les comptes de votre société alors que je ne les avais pas eu depuis 20 ans, vos revenus sont bien supérieurs aux miens.

Peut-être étiez-vous sérieux dans l’objet de votre question? Alors je la trouve bien injuste. Car, OUI! Dans mon activité professionnelle, je m’en excuse auprès des patients des autres communes, j’ai toujours pratiqué une certaine préférence saint-gervolaine. Comment peut-il en être autrement? Je côtoie au quotidien les habitants de notre village. Beaucoup sont des amis d’enfance ainsi que des familles amies de mes très chers parents, j’ai toujours essayé de répondre le plus rapidement possible aux doléances, je suis un médecin en honoraires libres mais je n’ai jamais fait de dépassements sur la chirurgie que j’ai pratiquée sur mes concitoyens, j’ai toujours essayé d’être à l’écoute, rassurant quand je le pouvais, accompagnant la souffrance quand la maladie s’avérait malheureusement victorieuse.

Quant à toi Jean-Marc, dans les yeux, serais tu capable d’affirmer que tu n’as pas profité de mes compétences ou de celles de mon épouse, même à notre domicile? N’ai-je pas été aussi à l’écoute de ta maman? Qui es-tu venu voir le soir de la sépulture de ta mère alors que la tristesse t’envahissait et que tu avais besoin de la parole d’un médecin et d’une infirmière…Mme Dayve ou Mme Coletto? Si ta maman était venue te parler le soir de ce conseil du 9 décembre, je ne suis pas certain qu’elle ne t’ait pas fortement tancé et qu’elle ne t’ait pas précisé que, OUI, il y a plus d’un Saint-gervolain, dont tu fais grandement partie, qui a bénéficié de consultations  « gens du pays ».

Mais à vrai dire, ce ne sont pas ces pensées qui m’ont envahi après cette question.

Non, la vérité est que j’ai considéré que votre question n’était rien d’autre que débile, Monsieur le Maire. Par conséquent, puisque j’étais effectivement très fatigué et que je savais qu’à sept heures du matin, je serais au chevet d’un de mes patients hospitalisés avant d’entamer une consultation d’au moins 20 patients, il était plus raisonnable de quitter cette assemblée et de ne plus écouter les élucubrations d’un « ami ».

Non, il faut que je sois sincère jusqu’au bout. Au moment précis où je me suis levé de ma chaise, cela n’est pas le mot « ami « qui était dans mes pensées mais ça commençait quand même par un A et ça se terminait bien par I.

Le 13 décembre 2015

François Jouanin