Quel avenir pour la cafétéria de la piscine?

En 2014, au moment de l’ouverture de notre nouvelle piscine, la municipalité a lancé une consultation pour l’aménagement, l’animation et l’exploitation de la cafétéria.

Il s’agit d’une délégation de service public.

À l’époque, un seul candidat avait déposé un dossier. La Sarl « Les Flots Bleus » s’était engagée sur un cahier des charges qui fixait entre autres sujets, les périodes et horaires d’ouverture, les produits proposés à la vente et les aménagements à réaliser. Le preneur potentiel avait également proposé une redevance de 12 000€ annuelle pour loyer.

Lors de la séance du conseil municipal du 14 septembre dernier, la majorité municipale proposait de mettre fin à ce contrat de délégation de service public par anticipation au 30 septembre 2016, contre le 25 mai 2017 prévu initialement.

En effet, les résultats financiers de cette exploitation sont catastrophiques pour la Sarl « Les Flots bleus » qui devra s’acquitter des loyers impayés à hauteur de 15 066€ au 14 juin 2016. Les engagements pris au niveau des périodes d’ouverture n’ont pas été respectés.

Propos du Maire lors du conseil municipal du mercredi 14 septembre 2016 : « Donc cette SARL a exploité et aujourd’hui après 2 années d’exploitation, on se rend compte qu’ils ne respectent pas l’engagement. L’engagement c’était d’être ouvert pendant les heures d’ouverture de la piscine, donc la plupart du temps c’est fermé, et que les loyers ne sont pas payés. »

Cette rupture anticipée étant une rupture amiable, il n’y aura pas de poursuite pour récupérer les loyers de juin à septembre 2016 pour un total de 4034,68€. La contre-partie pour la collectivité consiste en la reprise des biens investis par l’exploitant à la valeur nette comptable.

L’exploitation de cette cafétéria, dans sa configuration actuelle, ressemble en effet davantage à un cadeau empoisonné qu’à une bonne affaire commerciale :

  • La cuisine est équipée à minima et ne permet pas de faire des préparations cuisinées, mais uniquement des produits type « snack » : hot-dogs, sandwiches, glaces….,
  • Les normes sanitaires liées à son emplacement à l’intérieur de la piscine empêchent son accès à des visiteurs extérieurs,
  • Le chiffre d’affaires généré en hiver est très faible,
  • Les périodes et horaires d’ouverture sont d’une amplitude importante et il est difficile d’arriver à tenir cet engagement sans recruter du personnel. Le coût s’avère alors beaucoup trop important par rapport au chiffre d’affaires potentiel.

Les élus d’Élan Citoyen avaient à l’époque de l’appel d’offres pour l’exploitation de la cafétéria, manifesté leurs inquiétudes sur la viabilité de cette exploitation. Déjà lors de la campagne électorale de mars 2014, l’équipe d’Elan Citoyen avait mis en avant ses doutes sur la cohérence du projet global et le rapport investissement / service rendu.

Aujourd’hui, la majorité municipale n’a d’autres propositions que de fermer la cafétéria et d’en faire une salle hors-sac équipée de distributeurs, dans l’attente d’une éventuelle meilleure solution d’ici l’été prochain….

Les problèmes d’exploitation sont principalement dus à la situation géographique de la cafétéria à l’intérieur de la piscine. Ces difficultés étaient prévisibles.

Quelles alternatives pour la municipalité aujourd’hui ?

  • Soit renoncer à exploiter la cafétéria et voir disparaître ce service,
  • Soit effectuer de nouveaux aménagements extérieurs.

Il est donc légitime de s’interroger sur la pertinence des choix faits au moment de la conception du bâtiment et plus largement du projet global de la piscine. Les difficultés générées par l’exploitation de cette cafétéria sont plus généralement symptomatiques de la conception et du fonctionnement « glacial » de ce nouvel outil qu’est la piscine.

La majorité municipale a pris le parti de sacrifier le restaurant de la piscine dont le surcoût aurait été de l’ordre d’1 million d’euros. Pour mémoire, le projet global a représenté un coût de 13,5 millions d’euros pour la collectivité. Cliquer ici pour voir notre analyse financière de mars 2014 sur la nouvelle piscine.

On en revient à la question des priorités retenues par la majorité municipale dans le choix des investissements réalisés. Aujourd’hui, nous disposons d’une piscine couverte, certes ouverte toute l’année, certes utile aux différents clubs et écoles, mais qui a perdu toute son âme et tout le charme d’une piscine de montagne, avec des grands espaces extérieurs et son restaurant très agréable, dans lequel il flottait un air de vacances, aussi pour les usagers locaux.

Quel bonheur pour les parents et grands-parents non nageurs de voir leurs enfants et petits-enfants s’amuser dans l’eau depuis la terrasse du restaurant !

Il est toujours regrettable de voir disparaître un service et un espace de convivialité et de rencontres…

Elan Citoyen, le 25 septembre 2016.

L’eugénisme en urbanisme à Saint-Gervais

observatoireAu conseil municipal du 14 septembre 2016 une délibération sur l’agrandissement de l’observatoire astronomique à proximité du Mont d’Arbois a suscité un tollé de la part de nombreux membres de la majorité pour un problème de couleur de l’édifice.

Certains membres de la majorité ont argumenté sur le fait que la couleur n’était pas belle et dénaturait le paysage.

Notre première réaction a été de trouver cela saugrenu: qui peut penser être en capacité de détenir la science du beau ?

Après réflexion, force est de constater qu’un certain eugénisme en urbanisme s’est installé dans les organes de décisions de notre collectivité.

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La médiocratie

Mediocratie

La Médiocratie, d’Alain Deneault, éd. Lux (2015)

Le terme médiocratie a perdu le sens de jadis, où il signifiait le pouvoir des classes moyennes. Il ne désigne pas tant la domination des médiocres que l’état de domination exercé par les modalités médiocres elles-mêmes, les inscrivant au rang de monnaie du sens et parfois même de clé de survie, au point de soumettre souvent ceux et celles qui aspirent à mieux.

Sous le règne de la médiocratie, la moyenne devient une norme, le compromis domine : idées et hommes deviennent interchangeables. Il faut résister à la révolution anesthésiante, alerte le philosophe Alain Deneault.

C’est d’une « révolution anesthésiante » qu’il s’agit. Celle qui nous invite à nous situer toujours au centre, à penser mou, à mettre nos convictions dans notre poche de manière à devenir des êtres interchangeables, faciles à ranger dans des cases. Surtout ne rien déranger, surtout ne rien inventer qui pourrait remettre en cause l’ordre économique et social.

« Il n’y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l’incendie du Reichstag, et l’Aurore n’a encore tiré aucun coup de feu, écrit le philosophe Alain Deneault qui enseigne la pensée critique en science politique à l’Université de Montréal. Pourtant, l’assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir. » Explications.


Qu’entendez-vous par « médiocratie » ?

En français, il n’existe pas d’autre mot que celui de « médiocrité » pour désigner ce qui est « moyen ». « Supériorité » renvoie à ce qui est supérieur, « infériorité » à ce qui est inférieur, mais  moyenneté » ne se dit pas. Il y a pourtant une distinction sémantique entre la moyenne et la médiocrité, car la moyenne relève le plus souvent d’une abstraction : revenu moyen, compétence moyenne, c’est-à-dire une place au milieu d’une échelle de valeurs. La médiocrité, en revanche, est la moyenne en acte.

La médiocratie désigne ainsi un régime où la moyenne devient une norme impérieuse qu’il s’agit d’incarner. C’est l’ordre médiocre érigé en modèle. Il ne s’agit donc pas pour moi de stigmatiser qui que ce soit, mais plutôt de comprendre la nature de cette injonction à être médiocre qui pèse aujourd’hui sur des gens qui ne sont pas forcément enclins à l’être.

Quelle est cette injonction ? D’où vient-elle ?

La médiocratie vient d’abord de la division et de l’industrialisation du travail qui ont transformé les métiers en emplois. Marx l’a décrit dès 1849. En réduisant le travail à une force puis à un coût, le capitalisme l’a dévitalisé, le taylorisme en a poussé la standardisation jusqu’à ses dernières logiques. Les métiers se sont ainsi progressivement perdus, le travail est devenu une prestation moyenne désincarnée.

Aux yeux d’un grand nombre de salariés, qui passent de manière indifférente d’un travail à un autre, celui-ci se réduit à un moyen de subsistance. Prestation moyenne, résultat moyen, l’objectif est de rendre les gens interchangeables au sein de grands ensembles de production qui échappent à la conscience d’à peu près tout le monde, à l’exception de ceux qui en sont les architectes et les bénéficiaires.

A l’origine de la médiocratie, vous insistez également sur la montée en puissance de la « gouvernance »…

C’est le versant politique de la genèse de la médiocratie. D’apparence inoffensive, le terme de gouvernance a été introduit par Margaret Thatcher et ses collaborateurs dans les années 80. Sous couvert de saine gestion des institutions publiques, il s’agissait d’appliquer à l’Etat les méthodes de gestion des entreprises privées supposées plus efficaces.

La gouvernance, qui depuis a fait florès, est une forme de gestion néolibérale de l’Etat caractérisée par la déréglementation et la privatisation des services publics et l’adaptation des institutions aux besoins des entreprises. De la politique, nous sommes ainsi passés à la gouvernance que l’on tend à confondre avec la démocratie alors qu’elle en est l’opposé.

Dans un régime de gouvernance, l’action politique est réduite à la gestion, à ce que les manuels de management appellent le « problem solving » : la recherche d’une solution immédiate à un problème immédiat, ce qui exclut toute réflexion de long terme, fondée sur des principes, toute vision politique du monde publiquement débattue. Dans le régime de la gouvernance, nous sommes invités à devenir des petits partenaires obéissants, incarnant à l’identique une vision moyenne du monde, dans une perspective unique, celle du libéralisme.

Etre médiocre, ce n’est donc pas être incompétent ?

Non. Le système encourage l’ascension des acteurs moyennement compétents au détriment des super compétents ou des parfaits incompétents. Ces derniers parce qu’ils ne font pas l’affaire et les premiers parce qu’ils risquent de remettre en cause le système et ses conventions. Le médiocre doit avoir une connaissance utile qui n’enseigne toutefois pas à remettre en cause ses fondements idéologiques. L’esprit critique est ainsi redouté car il s’exerce à tout moment envers toute chose, il est ouvert au doute, toujours soumis à sa propre exigence. Le médiocre doit « jouer le jeu ».

Que voulez-vous dire ?

« Jouer le jeu » est une expression pauvre qui contient deux fois le même mot relié par un article, c’est dire son caractère tautologique. C’est une expression souriante, d’apparence banale et même ludique. Jouer le jeu veut pourtant dire accepter des pratiques officieuses qui servent des intérêts à courte vue, se soumettre à des règles en détournant les yeux du non-dit, de l’impensé qui les sous-tendent. Jouer le jeu, c’est accepter de ne pas citer tel nom dans tel rapport, faire abstraction de ceci, ne pas mentionner cela, permettre à l’arbitraire de prendre le dessus. Au bout du compte, jouer le jeu consiste, à force de tricher, à générer des institutions corrompues.

La corruption arrive ainsi à son terme lorsque les acteurs ne savent même plus qu’ils sont corrompus. Quand des sociétés pharmaceutiques s’assurent que l’on guérisse à grands frais des cancers de la prostate pourtant voués à ne se développer de manière alarmante que le jour où ceux qui en sont atteints auront 130 ans. Quand l’université forme des étudiants pour en faire non pas des esprits autonomes mais des experts prêts à être instrumentalisés.

Le recteur de l’Université de Montréal l’a affirmé sur le ton de l’évidence à l’automne 2011 : « Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises. » Des entreprises qui justement siègent au conseil d’administration de l’université, même si celle-ci demeure largement financée par l’Etat. Le recteur de notre principale université francophone rejoignait ainsi, presque mot pour mot, les propos de Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, affirmant en 2004 que sa chaîne vendait « du temps de cerveau disponible » à Coca-Cola.

Jouer le jeu, c’est aussi, où que l’on soit, adopter le langage de l’entreprise privée…

Dans l’ordre de la gouvernance, le service public disparaît et sa terminologie avec. Le patient d’un hôpital, l’usager du train ou du métro, le spectateur d’une salle de concert, l’abonné d’un musée, tous deviennent des « clients ». A la radio d’Etat, au Québec, un journaliste culturel m’a récemment demandé si j’étais « consommateur de théâtre ». Et la bibliothèque nationale, quand je suis en retard pour rendre les livres que j’ai empruntés, m’envoie un courriel qui commence par « Cher client ». Ces mots ne sont pas anodins. Ils sont révélateurs. Ils en disent long sur la révolution anesthésiante que nous vivons aujourd’hui.

Vous placez l’expert au centre de la médiocratie. Pourquoi ?

L’expert est souvent médiocre, au sens où je l’ai défini. Il n’est pas incompétent, mais il formate sa pensée en fonction des intérêts de ceux qui l’emploient. Il fournit les données pratiques ou théoriques dont ont besoin ceux qui le rétribuent pour se légitimer. Pour le pouvoir, il est l’être moyen par lequel imposer son ordre.

L’expert s’enferme ainsi dans les paramètres souhaités par telle entreprise, telle industrie, tel intérêt privé. Il ne citera pas Coca-Cola dans une étude sur l’obésité parce que la marque a financé l’étude. Il affirmera que les variations climatiques ne sont pas liées à l’activité industrielle parce que Exxon Mobil subventionne ses recherches. Il nous faudrait un nouveau Molière pour faire subir aux experts le sort que l’auteur du Malade imaginaire a réservé aux médecins de son temps.

La médiocratie ne pousse-t-elle pas aussi à l’affadissement du discours politique ?

Sans surprise, c’est le milieu, le centre, le moyen qui dominent la pensée politique. Les différences entre les discours des uns et des autres sont minimes, les symboles plus que les fondements divergent, dans une apparence de discorde. Les « mesures équilibrées », « juste milieu », ou « compromis » sont érigées en notions fétiches. C’est l’ordre politique de l’extrême centre dont la position correspond moins à un point sur l’axe gauche-droite qu’à la disparition de cet axe au profit d’une seule approche et d’une seule logique.

Dans ce contexte médiocre, règne la combine. Les gouvernants se font élire sur une ligne politique et en appliquent une autre une fois élus, les électeurs profitent des municipales pour protester contre la politique nationale, votent Front national pour exprimer leur colère, les médias favorisent ces dérapages en ne s’intéressant qu’aux stratégies des acteurs. Aucune vision d’avenir, tout le jeu politique est à courte vue, dans le bricolage permanent.

Comment résister à la médiocratie ?

Résister d’abord au buffet auquel on vous invite, aux petites tentations par lesquelles vous allez entrer dans le jeu. Dire non. Non, je n’occuperai pas cette fonction, non, je n’accepterai pas cette promotion, je renonce à cet avantage ou à cette reconnaissance, parce qu’elle est empoisonnée. Résister, en ce sens, est une ascèse, ce n’est pas facile.

Revenir à la culture et aux références intellectuelles est également une nécessité. Si on se remet à lire, à penser, à affirmer la valeur de concepts aujourd’hui balayés comme s’ils étaient insignifiants, si on réinjecte du sens là où il n’y en a plus, quitte à être marginal, on avance politiquement. Ce n’est pas un hasard si le langage lui même est aujourd’hui attaqué. Rétablissons-le.